Le poivre, ou plutôt les poivres, sont des fruits employés dans la médecine naturelle comme en cuisine. En effet, dès l’Antiquité, le poivre était considéré comme un ingrédient efficace dans les préparations d’antidote. Les premiers poivres connus sont le poivre blanc, le poivre noir et le poivre long. La saveur piquante et mémorable du poivre est souvent associée au piment, qui a longtemps été identifié comme un poivre. Le poivre symbolise la richesse et l’abondance, et se rapporte souvent aux merveilles des mondes lointains et exotiques.

Isidore de Séville, un encyclopédiste du VIIe siècle, nous raconte sur le poivre :
« Le poivrier croît dans l’Inde, sur le flanc exposé au soleil du mont Caucase ; sa feuille ressemble à celle du genévrier. Les forêts de poivriers sont gardées par des serpents, mais les indigènes les incendient quand le poivre est mûr et le feu met en fuite les serpents ; c’est cette flamme qui noircit le poivre. En effet, le poivre et naturellement blanc, si son fruit est divers. Le poivre qui n’est pas mûr s’appelle poivre long ; celui qui n’a pas subi l’atteinte du feu, poivre blanc ; celui dont la peau est rugueuse et grillée tire sa couleur et son nom de la chaleur du feu. Léger, le poivre est vieux ; lourd, il est frais. Mais il faut se garder des fraudes des marchands, qui ont l’habitude d’humecter le poivre très vieux et de le saupoudrer de litharge ou de plomb pour le rendre pesant. »

Le poivre a d’abord été considéré comme une épice précieuse onéreuse qui était obtenu à partir de longs efforts et de périls certains. Les récits de voyage, en Orient, mais aussi vers le Nouveau Monde soulignent que le poivre et les épices en général ont constitué une des raisons principales des départs vers des contrées étrangères. La rareté des épices faisait de ces produits des biens convoités qui ont souvent été la source d’intrigues économiques et politiques. Le pharmacien du XVIIe siècle Pierre Pomet se plaint d’ailleurs dans son Traité général des drogues simples et composées à propos de la ruine que causent les épices. Il les décrit comme de « détestables marchandises » qui « ne devroient avoir d’autres usages que d’estre jettées au vent ».

Malgré ce que pourrait en penser Pierre Pomet, le poivre est aujourd’hui fameux pour posséder de nombreuses vertus. En usage externe, on le trouve souvent dans les formules de baumes articulaires dont l’effet chauffant est causé par la pipérine présente dans le fruit. En usage interne, le poivre a des vertus anti-inflammatoires et contribue l’absorption intestinale. De plus, il favorise la digestion. Toutefois, le poivre peut avoir aussi des effets corrosifs. On dit souvent qu’il brûle. La sensation de chaleur, ou de brûlure, qu’il procure pourrait expliquer pourquoi la médecine ancienne a décrit le poivre comme un ingrédient chaud et sec, qui ne convenait pas aux complexions sanguines, faciles à exciter.

La tisane intitulée Chapelier Fou, inspirée d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll est légèrement épicée de poivre long. Il renvoie au personnage du chapelier, au caractère assez prononcé, ce qui fait écho au sens de « caustique » du poivre. De plus, la tisane du Chapelier fou fait allusion au chapitre « Le thé des fous », rappelant et parodiant de la dégustation cérémoniale du thé. Le poivre, symbole de richesse et d’abondance, souligne l’instant privilégié de la consommation d’un breuvage chaud. Cependant, nous faisons un usage assez original du poivre puisque nous l’incluons dans une tisane, et non pas dans une sauce pour un rôti. Généralement, le poivre accompagne ce que l’on mange, plutôt que ce que l’on boit. Cet usage a pour but d’évoquer une impression curieuse, qu’il est possible de ressentir à la lecture et l’imagination de l’œuvre de Lewis Carroll. Cet usage crée une impression d’étrangeté et d’étranger, propre à l’image du poivre associé à des pays et des mondes lointains, mais aussi à une médecine, éloignée temporellement, dans laquelle il existait des breuvages bienfaisants avec du poivre.

 

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