Humiliations, insultes, violences… Certains internes, élèves infirmiers, aides-soignants sont maltraités par leur hiérarchie dans les hôpitaux, selon des témoignages recueillis par le docteur Valérie Auslender dans Omerta à l’hôpital, paru ce jeudi chez Michalon. Invitée à franceinfo ce samedi 4 mars, elle appelle les étudiants de santé à "rompre la loi du silence".
franceinfo : Que vous ont raconté les jeunes soignants que vous avez rencontrés ?
Valérie Auslender : J’ai pu recueillir une centaine de témoignages d’étudiants infirmiers, kinés, sages-femmes, médecins, pharmaciens, orthophonistes et aides-soignants, victimes de maltraitances de la part de leur hiérarchie. Il s’agit d’harcèlement moral, de violences physiques et sexistes, mais également de négation de droits fondamentaux comme aller aux toilettes ou l’interdiction de s’asseoir pendant une réunion. Ces souffrances ont des conséquences dramatiques sur la santé physique et psychique des étudiants de santé. Ils décrivent des symptômes dépressifs, voire des dépressions qui mènent parfois à des tentatives de suicides. Certains étudiants de santé témoignent de personnes qui se sont suicidées. Au niveau physique, ils connaissent une perte de poids et ont parfois des hématomes qui apparaissent spontanément. Une étudiante raconte que sa vessie a claqué à cause de cette interdiction permanente d’aller aux toilettes. Il est impossible de déterminer combien d’étudiants sont concernés en France. J’ai récolté "seulement" 130 témoignages, mais c’est déjà énorme. Il y a énormément d’étudiants qui dénoncent ces violences sur les réseaux sociaux, mais ils ne sont pas pris au sérieux.

— ValerieAuslender (@VAuslender) 25 février 2017
C’est une forme de bizutage ?
Cela va au-delà du bizutage, ce sont de vraies maltraitances avec des conséquences dramatiques sur la santé des étudiants. Il y a quelque chose qui est de l’ordre de la tradition, surtout dans les études de médecine, avec une organisation extrêmement hiérarchique, avec des traditions ancestrales et le fameux dicton "j’en ai bavé donc tu vas en baver". Il n’y a pas de contrôle des institutions.

— ValerieAuslender (@VAuslender) 2 mars 2017
Que faut-il faire selon vous pour mettre fin à ces violences ?
La première chose à faire, c’est que les professionnels de santé prennent conscience de cette gravité. Ils faut qu’ils réalisent que ces violences sont partout et qu’elles ont des conséquences. Il faut rompre la loi du silence. Les étudiants doivent dénoncer ces violences de façon systématique pour que les agresseurs soient condamnés. Les nouvelles techniques de management de l’hôpital ont enfin dégradé les conditions de travail des soignants. Il faut donc redonner les moyens aux soignants de pouvoir s’occuper correctement de leurs patients et de former les étudiants.

 

 

 

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